"L'épreuve du Chômage" Dominique Schnapper
Le texte a été écrit a la fin des années 70, c'est important, avant de lire ce résumé ou l'ouvrage d'avoir cela en tête. Notamment lorsque D. Schnapper parle des "employé.e.s", elle parlerait sans doute aujourd'hui de "Profession intermédiaire".Ce résumé n'est pas exhaustif, il y a encore des choses a découvrir dans le livre.
Merci à Marion pour la correction! Publié le 08/06/2019

J'ai bien conscience que, à divers
échelles, la société est profondément inégalitaire. Des résultats
scolaires au revenu, en passant par l'espérance de vie, notre
société est structurée par les inégalités. Je pensais cependant,
niaisement, que certaines expériences étaient plus ou moins commune à tous, comme le chômage par exemple. Je me trompais lourdement.
Loin de moi l'idée de considérer l'expérience du chômage
de l'ouvrier identique à celle du cadre, ne serais-ce que parce que
leurs niveaux de vie sont différents, mais il me semblais tout de
même que, malgré tout, il y avait quelque chose de communs dans ces
deux expériences. Je faisais erreur, et c'est grâce au
travaux de Dominique Schnapper (et à mes cours de sociologie de
l'emploi aussi) que je l'ai compris.
Dominique Schnapper, c'est une
sociologue qui est réputée pour trois choses: ces travaux qui ont
faits sa réputation, sur le chômage et la démocratie notamment,
elle a été nommée au conseil des ministre en 2001 et , pour
l'anecdote, c'est la fille du sociologue et philosophe Raymond
Aron. Dans son livre , "L' épreuve du chômage", Schnapper
utilise ses travaux, menée auprès de chômeurs et de chômeuses,
avec lesquels elle a eue de nombreux entretiens, afin de nous éclairer
sur la situation réel des chômeurs, et surtout, sur la façon de
ces derniers vivent leurs chômage. Dans une société où le travail à une place centrale, régis notre rythme de vie et nous définis
qu'on le veuille où non, et où le chômage structurel de masse ne
cesse de croître, comprendre ce qu'est réellement, au delà des
préjugés , l' expérience et l' épreuve qu'est le chômage est une
question qui me semble centrale, et à laquelle Dominique Schnapper
nous donne une excellente typologie qui permet de mieux cerner la
façon dont les chomeur.euse.s vivent leurs chômages.
Le chômage total: entre humiliation, ennui et solitude
Le chômage total, c'est l' expérience ouvrière et populaire du chômage, et c'est la pire. En effet, le chômage total se traduit par un triple sentiment: l'humiliation liée au statut stigmatisant de chômeur, l'ennui de ne plus avoir d'activité dans laquelle se réaliser, et la désocialisation, c'est à dire la disparition progressive des liens sociaux.
En effet, lorsque l'autrice met des extraits des entretiens qu'elle a menée , l' expression "je me sens inutile" et d'autres du même genre reviennent souvent dans les témoignages d'ouvrier.e. . Dans la culture ouvrière, le travail est centrale, c'est grâce à lui qu'on se réalise, c'est lui qui fait que l'on est quelqu'un, qui nous offre une certaine autorité de chef de famille lorsque l'on est un homme (le livre à été publier a la fin des années 70). Ce sentiment est accrue chez les travailleur.euse.s qui ont travaillés pendant plusieurs années et qui se retrouvent au chômage après un licenciement, iels ont l'impression d'être jetés après avoir servi, de ne plus être bon.ne à rien. Pour contrer ce sentiment et surtout l'humiliation que constitue le statut de chômeurs, beaucoup cherche à entrer dans un nouveau statut, de substitution, afin de ne plus être perçu comme chômeur.euse. Les plus âgées vont en pré-retraite et tentent d'adopter un rythme de vie de retraité, les plus jeunes, notamment les femmes, vont adopter des activités et des habitudes les rapprochant de la vie étudiante: iels essaie de s'éloigner de la vie de chomeur.euse.s . Certain vont vers les forme particulière d'emploi comme l'intérim, mais les travailleur.euse.s n'acceptent pas de travailler sous n'importe quelle condition, et même en situation de chômage longue durée, certain.e refuse, à juste titre, de travailler dans de trop mauvaises conditions. Souvent, dans ce contexte, les individus vont tenter d'expliquer leurs situations: les discours autour de la "chance" et du "piston" sont nombreux parmi les chômeur.euse.s pour tenter d'expliquer leurs situation et surtout le fait qu'elle ne change pas.
Autre
caractéristique du chômage total: l'ennui. En effet, dans les
couches les plus populaires, le travail occupe une part importante de
la vie, et les activités culturelles sont souvent peu pratiquées, à cause justement d'un faible capital culturel. Ainsi, il est difficile
pour les plus pauvres, qui en plus de part leurs situations culpabiliseraient de trop profiter de leurs situations, de faire quelque
chose de productif pendant leurs temps de chômage. La vie étudiante
est souvent l'occasion de se forger des habitudes qui sont utiles
en période de chômage, hors les ouvrier.e ont très souvent fait
des études courtes, voire pas d'études, et n'ont donc pas de grande
expérience de la vie étudiante et des pratiques culturelle
classique.
Autre chose qu'apporte la vie étudiante, ce sont les
liens sociaux. Or comme dit précédemment, les ouvrier.e.s ont
rarement eue une vraie vie étudiante. Pour autant, iels ne sont pas
isolés, loin de la, deux instances vont créé du liens social chez
eux: la famille et le travail. Or les relations qui se forment au
travail sont bien évidemment enrayées par le chômage. Quand le
travail, institution centrale dans la socialisation des ouvrier.e.s
disparaît, ces dernier.e.s se retrouvent peu à peu sans liens sociaux.Si
on Ajoute a cela l'absence de pratiques culturelles vecteur de
socialisation , et ont comprend aisément pourquoi les ouvrier.e.s au
chômage se désocialisent vite. La famille est donc la seule
institution de socialisation restante, mais le chômage entraîne
souvent des crises en son seins, mais pour celles qui survivent au
choc, le chômage est mieux vécu. On retrouve d'ailleurs là une idée
revenant souvent dans l'ouvrage de Schnapper : une bonne intégration
familiale permet de mieux vivre son chômage.
Une
exception cependant existe à ce noir tableau: les militant.e.s. En
effet, les ouvrier.e.s syndiqués qui continuent leurs activités
militante après le chômage compensent les trois volets du chômage
total: leurs activités les occupent, les socialisent et la grille de
lecture des militants leur permettent de ne pas céder au sentiment
d'humiliation liée au chômage: ils ne sont pas des incapables, ils
subissent une injustice. Résultat, les militant.e.s vivent bien
mieux le chômage que celles et ceux qui ne le sont pas.
Le chômage inversé: vacances provisoire et vie d'artiste.
Après avoir vu le chômage comme une expérience traumatisante et pesante, nous allons voir comment certain.e la vive de façon beaucoup plus légère.En effet, là où les ouvrier.e.s vivent très mal leurs chômages, les employé.e.s issue des classes moyennes ou supérieur , et en particulier les femmes et les jeunes, sont bien plus apte à vivre une seconde forme de chômage: le chômage inversé. Ce dernier se caractérise par une approche très positive du chômage, une occasion de profiter un peu de son temps libre, pour des activités culturelle notamment (d'où sa représentation dans des milieux plus aisés).
Le chômage est alors vécu pour certain.e comme une période de vacances, une occasion de passer au mieux son temps libre. Souvent, les jeunes qui sont dans le chômage inversé vont avoir un rapport compliqué au travail: ce dernier est une figure plutôt repoussoir et iels ne sont pas pressées d'aller sur le marché du travail. Pourtant, contrairement a ce que l'on peut croire, iels ne sont pas opposés à l'idée d'un jours travailler, ni de travailler dans de mauvaises conditions, bien au contraire, iels savent qu'un jours iels devront s'y contraindre afin de subsister a leurs besoin mais profitent en attendant de leurs situations et de leurs revenus, composé notamment d'aide social. Car, contrairement a ce que l'on peut croire, les aides social profitent souvent plus à la classe moyenne qu'aux catégories les plus populaires.
D'autres
encore utilisent le chômage non pas comme une période de
vacances,mais l'occasion de mieux vivre leurs vie d'artiste et de
suivre leurs vocations. On profite de cette période pour user de son
temps afin de s'investir dans sa vocation. Ainsi, ces chômeur.euse.s
n'ont pas de problème d'argent, grâce aux aides de l'Etat et souvent
de salaire provenant d'autres membres du foyer, ni de problème de
socialisation: leurs activités culturelle leurs permettent de créer et
de maintenir du liens social. De plus, l'envie d'être artiste
donne une direction, un projet de vie: on ne se sens pas humilier et
inutile, on a juste l'impression de prendre le temps de travailler sa
vocation, il est ainsi plus facile de justifier sa situation auprès
des pairs. Ce mode de vie n'exclut cependant pas totalement la
possibilité de travailler, il arrive que certain.e pour des raisons
matérielles notamment se mettent au travail, mais iels opteront pour
un travail à temps partiel afin de ne pas abandonner leurs vocations.
Le chômage différé: le chômage du cadre.
Nous avons parlés des
ouvrier.e.s, de la classe moyenne, mais les cadres eux, comment
vivent-il leurs chômage ? Et biens iels vont utiliser leurs temps
libre pour s'investir à fond dans la recherche d'emplois, pour garder
leur rythme de vie d'auparavant tout en faisant quelque chose qui
leurs semblent utile. En effet, tout comme les ouvrier.e.s, les cadres
construisent beaucoup leurs identités sur leurs travail, et
notamment sur le carrière: le chômage est donc une mauvaise
situation, et les cadres vont tout faire pour à la fois se distingués du chômage total et paraître encore très actif et maximiser leurs
chances de retrouver un travail.
Cependant, le chômage différé
ne peux pas durer sur le temps long , les cadres qui tombent dans le
chômage longue durée, qui sont souvent des cadres autodidacte ayant
effectués une ascension social, et âgés et qui sans les bon diplômes
et de par leurs grands ages vont avoir plus de mal à retrouver du
travail, tombe dans le chômage total. Car si les ouvrier.e.s se
laissent aller au chômage total, ce n 'est pas parce qu' iels seraient flemmard là où les cadres sont dynamiques et volontaires, c'est parce
que les ouvriers savent que leurs chances de retrouver un emploi
sont assez faible. Lorsque cette certitude frappe aussi les cadres,
iels tombent aussi dans le chômage total. Cependant, la plupart ont l'impression de subir un mauvais contexte économique, et donc
prennent moins personnellement leurs situation de chômeur (une vison
des choses que l'on retrouvait chez les ouvrier.e.s militant.e.s).
Le pointage: une épreuve, trois expériences
Le
pointage est un passage obliger pour les chomeur.euse.s et est commun à tou.te.s. Pourtant, il est vécu de façon très différente selon
le type de chômage vécu. Le chômage total entraîne un sentiment
de honte au moment du pointage: on se montre aux yeux de tous comme
chomeur.euse.s, et c'est une situation dans laquelle on est ramenés constamment à une situation considérée comme humiliante. Le chômage
inversé ne rend certes pas non plus agréable l'expérience du
pointage ( mais elle reste bien plus supportable que celle du
chômage total), puisque les chomeur.euse.s se voient ramener à leurs
situation de chomeur.euse.s alors qu' iels ne se vivent pas comme ça.
Ainsi, là où il ne se sentait pas chomeur.euse.s , les institutions
semblent leur rappeler que de leurs point de vue, iels le sont. Enfin,
pour les chomeur.euse.s qui vivent un chômage différé, le pointage
est une perte de temps, puisqu'on compte rarement sur l'A.N.P.E.
(ancêtre de pôle emploi) pour trouver du travail. Cependant, les
cadres vivent pas spécialement mal le pointage, notamment car ils
ont une bonne images des institution et qu'iels sont mieux traités que les autres par ces dernières (meilleurs accueil dans de meilleur
bureaux, dans de meilleures conditions etc).
Conclusion
Le chômage est une expérience de classe, une expérience nettement plus simple pour les catégories supérieure. Le capital économique, mais aussi le capital culturel et le marché de l'emploi ainsi que les institutions étant plus favorable au cadre, leurs expérience du chômage est bien plus agréable que pour les autres catégories de la population. Les inégalités social ne se résumes pas a de simples écarts de revenus, elle façonnent tout un tas d'expérience et avantages dans chaque aspect de la vie les plus aisés.
Je tien aussi a préciser que, cette fiche de lecture n'est pas un compte rendu de l'entièreté de ce que contient le livre de Dominique Schnapper. Certains aspects , comme les variable de sexe ou d'age, n'ont pas été évoqués, ni même l'importance des trois facteurs qui pour l'autrice structure le vécu du chômage: la capacité a changer de statut ( ce que les ouvrier.e.s ne parviennent que difficilement a faire vu qu'iels ne pratiquent pas d'activités culturelles légitimes et reconnu), l'intégration familiale et l'intégration social. Je vous recommande donc de lire "L'épreuve du Chômage" de Dominique Schnapper. Bonne lecture o/